Nom de la série : Printemps à la Charité
Scénario : Philippe PELAEZ
Dessin : Alexis CHABERT
Couleur : Alexis CHABERT
Maison d'édition : Grand Angle
Toujours plus à la dérive, l’inspecteur Amaury Broyan se voit confier une nouvelle enquête qui pourrait bien tout changer. Philippe Pelaez poursuit son évocation du Paris de la Belle Époque à travers les quatre saisons, dans une série toujours aussi magnifiquement illustrée par Alexis Chabert, digne successeur des artistes de l’époque.
En ce printemps 1897, l’inspecteur Amaury Broyan n’est plus que l’ombre de lui-même. Toujours hanté par la mort de sa fille chérie, il ne trouve de réconfort que dans l’opium. Cette attitude inquiète jusque dans sa hiérarchie. Heureusement, il peut encore compter sur le soutien de son collègue Jules Tissot. De toute façon, la police parisienne est débordée et ne peut se passer d’un enquêteur. C’est ainsi que l’inspecteur Tissot se retrouve à enquêter sur une tentative d’attentat visant des studios de cinéma, tandis que l’inspecteur Broyan doit élucider la mort troublante d’un avocat, bientôt suivie de celle d’un banquier. Tous deux auraient été victimes d’hallucinations : des hordes d’araignées leur auraient couru après. Au fil des investigations, il apparaît que les deux affaires pourraient être liées et qu’elles auraient un rapport avec l’effroyable incendie du Bazar de la Charité. C’est alors qu’Amaury fait la rencontre de Blanche Dambreville, entomologiste au Muséum d’histoire naturelle. Une rencontre qui bouleverse l’inspecteur… mais qui pourrait aussi faire avancer l’enquête.
Si c’est avec grand plaisir que nous retrouvons l’inspecteur Amaury Broyan, son supérieur hiérarchique se passerait volontiers de lui. Il ne faut que quelques phrases pour comprendre que la situation de son subalterne ne s’est en rien améliorée. À la dérive sur le plan personnel (il est tombé dans une dépendance à l’opium), il n’en reste pas moins un enquêteur chevronné à l’esprit vif. Ce n’est pourtant pas par cette présentation que Philippe Pelaez choisit d’ouvrir l’album. Dans une somptueuse verrière Art déco, une mystérieuse jeune femme, tout aussi sublime, livre au lecteur des confidences énigmatiques. Sitôt la page tournée, le décor change radicalement : au milieu de fossiles de dinosaures, un élégant inconnu, pris de démence, s’agite tant à l’étage qu’il finit par tomber. Seule une petite araignée noire et rouge met le lecteur sur la piste. Vous l’aurez compris : c’est l’inspecteur Broyan qui se voit confier l’enquête. S’ensuit une énigme policière aux multiples ramifications. Comme dans les albums précédents, le scénariste distille une atmosphère mystique, presque fantastique, notamment grâce à l’utilisation des araignées. Il faut dire que l’arachnophobie est l’une des peurs les plus répandues chez l’être humain, et qu’une phobie, par nature, échappe à tout contrôle. Pour équilibrer l’ensemble, Philippe Pelaez tente également de redonner un peu de vie à son héros. Cela passe par une incursion dans le registre de la comédie romantique, simple mais efficace. Si l’histoire est solide et bien construite, ce sont pourtant les dessins d’Alexis Chabert qui restent le plus longtemps en mémoire. Une nouvelle fois, le dessinateur s’inspire des artistes de l’époque. Les références Art déco jalonnent l’album pour notre plus grand plaisir, et il est d’ailleurs appréciable d’en retrouver la liste en fin d’ouvrage. La construction éclatée de certaines planches, que l’on retrouve lors des scènes de bagarre, de certains dialogues ou dans bien d’autres moments, apporte vie, originalité et élégance à l’ensemble. Le Paris de la Belle Époque, des salons raffinés aux bas-fonds les plus sordides, se révèle tout simplement époustouflant. Je n’ai qu’un regret : aussi immersive soit-elle, cette atmosphère si particulière nous restera à jamais inaccessible. Si certains personnages connaissent parfois des représentations un peu irrégulières, il faut plutôt considérer l’ensemble comme une collection d’œuvres uniques plutôt que comme un bloc homogène, tant chaque case se révèle absolument magnifique.
Avec ce troisième opus d’une série qui ne dit pas encore son nom, Philippe Pelaez poursuit son évocation du Paris de la Belle Époque à travers les saisons. Une fresque toujours aussi magnifiquement illustrée par le trait doux et sensible d’Alexis Chabert, digne héritier des artistes de cette période. Il ne reste désormais plus qu’à attendre l’été, avec une impatience grandissante : le dernier épisode, qui promet un somptueux feu d’artifice.