Nom de la série : printemps bleu
Scénario : Taiyou Matsumoto
Dessin : Taiyou Matsumoto
Couleur : Taiyou Matsumoto
Maison d'édition : Seinen Delcourt Tonkam
Publié chez Delcourt dans la collection Tonkam, Printemps bleu permet de (re) découvrir Taiyou Matsumoto à ses débuts. Avant Amer Béton, Ping Pong ou Sunny, l’auteur japonais esquissait déjà son regard si singulier sur l’adolescence : un âge flottant, brut, maladroit, où l’on croit encore pouvoir toucher le ciel avant de comprendre que le monde résiste.
Printemps bleu est un recueil de récits courts centrés sur des adolescents, souvent lycéens, qui errent entre les cours, les toits d’immeubles, les rues de quartiers ordinaires. Il n’y a pas de grande intrigue, pas de héros flamboyant. Seulement des instants : une discussion banale qui dérape, un rêve de liberté, une révolte silencieuse, un malaise diffus face au monde adulte.
Ces personnages cherchent leur place sans vraiment savoir ce qu’ils cherchent. Ils avancent par à-coups, oscillant entre l’envie de fuir et le besoin d’appartenir à quelque chose. Le « printemps » du titre n’a rien d’idyllique : il est instable, parfois cruel, souvent mélancolique. Un moment suspendu, où la vie peut à tout moment basculer.
Matsumoto travaille ici l’infra-ordinaire. Les récits semblent simples, presque anecdotiques, mais chacun capte un état émotionnel précis : la frustration, la honte, l’ennui, la colère enfuie. L’auteur ne juge jamais ses personnages, ne les excuse pas non plus. Il les observe.
Ce qui frappe, c’est la justesse du regard. L’adolescence n’est ni romantisée ni caricaturée. Elle est montrée cru, comme un terrain d’expérimentation maladroit, où l’on se cogne aux autres et à soi-même. Derrière la nonchalance apparente, Printemps bleu parle déjà de solitude, de normes sociales, de l’impossibilité de communiquer pleinement.
Chaque histoire fonctionne comme un fragment de mémoire, parfois inconfortable, parfois étrangement tendre. Graphiquement, on reconnaît immédiatement la patte de Matsumoto :
un trait libre, presque sale, des corps parfois déformés, des visages expressifs à l’excès. Ce style peut dérouter, surtout si l’on vient d’un manga plus académique, mais il sert parfaitement le propos.
Les décors urbains sont omniprésents, écrasants, tandis que les personnages semblent souvent trop petits, trop fragiles face à l’espace qui les entoure. Le dessin respire, tremble, vit. Il accompagne les émotions plus qu’il ne les illustre. On sent une volonté de faire du manga un langage intime, presque physique.
Printemps bleu n’est pas un manga spectaculaire. C’est une œuvre sensible, parfois rugueuse, qui parle de ce moment précis où l’on croit encore que tout est possible, alors même que les premières désillusions s’installent.
Un livre précieux pour comprendre les fondations du travail de Taiyou Matsumoto, mais aussi pour quiconque garde en mémoire ce sentiment étrange d’un printemps intérieur, aussi lumineux que fragile.