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Règnes modernes - Tome 1

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Nom de la série : Règnes modernes
Tome : 1
Titre du Tome: prédation prodigieuse
Scénario : Yann Brouillette
Dessin : Paolo Loreto
Couleur : Paolo Loreto
Maison d'édition : Paquet


Publié chez Paquet, Règne moderne constitue le premier volet d’un diptyque, proposé à un prix découverte attractif de 10 euros. Brouillette et Loretto y développent une fable dystopique anthropomorphique efficace, où les rôles sont inversés : l’humain est relégué au rang de bête, privé de parole et de conscience. Une inversion qui évoque La Planète des singes, tout en affirmant une tonalité plus politique et contemporaine.

   Dans ce monde dominé par les animaux, les humains sont considérés comme des créatures inférieures, incapables de parler.
L’intrigue débute lors d’un gala de charité organisé par des scientifiques afin de récolter des fonds pour contrer un mal mystérieux qui touche la communauté animale. Cette dégénérescence les ronge progressivement, les rendant stupides et dénués de parole — une régression troublante qui fait écho au sort réservé aux humains.
La sécurité de l’événement est assurée par Doug Bark, un chien-loup à l’oreille gauche coupée, chef de la sécurité au passé visiblement marqué. Figure imposante et professionnelle, il veille au bon déroulement de la soirée jusqu’à ce qu’il découvre qu’un groupe terroriste a détourné du gel hydroalcoolique pour fabriquer des cocktails Molotov. Lorsque le premier explosif est lancé, le gala bascule dans le chaos.
C’est à ce moment qu’un événement impensable survient : une jeune humaine, jusque-là exploitée dans un numéro de cirque, se met soudainement à parler et crie : « Libérez les humains. »
À partir de cet instant, Doug Bark décide de la protéger coûte que coûte. Accompagné d’un lapin scientifique, il entame une fuite haletante, poursuivi par un groupe de religieux extrémistes bien décidés à éliminer celle qui menace l’ordre établi.
   Le scénario est fluide et bien rythmé. L’inversion anthropomorphique sert une réflexion sur la domination et la parole comme fondement du pouvoir. Le mal qui frappe les animaux agit comme un miroir cruel : ceux qui ont réduit les humains au silence risquent à leur tour de perdre ce qui les distingue.
Doug Bark est un personnage intéressant : autorité sécuritaire au départ, il évolue progressivement vers une posture plus morale, presque dissidente. Son design — notamment son oreille coupée — renforce son aura de vétéran, marqué par un passé conflictuel.
Le récit enchaîne efficacement tension, action et questionnement politique, posant des bases solides pour le second tome du diptyque.
   Loretto propose un dessin expressif et maîtrisé. Les animaux anthropomorphes sont crédibles et nuancés, sans excès caricatural. Doug Bark, avec sa carrure et son oreille mutilée, impose une présence forte dès ses premières apparitions.
Les scènes d’action sont dynamiques, le découpage clair. Le contraste entre l’élégance du gala et la violence de l’attentat est visuellement réussi, renforçant la bascule dramatique.
   Règne moderne est une dystopie anthropomorphique réussie, portée par un univers cohérent et un personnage central fort en la figure de Doug Bark.
Un premier tome solide, accessible grâce à son prix découverte, qui ouvre un diptyque prometteur. Reste à voir si la suite saura confirmer cette belle entrée en matière.

 

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : bibione

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