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Pervitine Pervitine

Rhino - Tome 1

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Nom de la série : Rhino
Tome : 1
Titre du Tome: Pervitine
Scénario : YANN
Dessin : Julien CAMP
Couleur : Julien CAMP
Maison d'édition : DUPUIS

Deux frères, deux fronts, une guerre et une histoire familiale compliquée. Décollage réussi pour la nouvelle série d’aviation historique signée Yann et Julien Camp.
Au château de Himmeldorf, en Autriche, le jeune Reinhold prépare son paquetage sous les huées de son père. Malgré ses problèmes respiratoires, il doit rejoindre les rangs de la Luftwaffe comme son père avant lui et son frère. Seulement, au gout de son père, il n’y met pas assez d’entrain. Quelques années plus tard, Reinhold est devenu Rhino. Si l’origine de ce surnom de vol reste une énigme, le jeune pilote s’illustre quotidiennement sur le front de l’est, aux commandes de son panzershrek. Pourtant, les pilotes considèrent l’appareil comme le croisement d’une casserole blindée et d’une brique de plomb. Pour tenir la cadence, Rhino peut compter sur les pilules du médecin. La pervitine, de la méthamphétamine pure, permet aux as trois  jours sans dormir mais peut aussi provoquer des hallucinations. Et puis Reinhold peut aussi compter sur le traitement spécial des jolies infirmières. A l’autre bout du Reich, son frère Ludwig est basé sur l’île de Guernesey. Loin de l’hiver sibérien, il file le parfait amour avec Violet. Enfin parfait ? Pas tout à fait car Violet est anglaise … et juive. Alors lorsque le Reichsmarschall Goering décide d’une tournée d’inspection dans les bases aériennes, les deux frangins se retrouvent en première ligne…
Pendant longtemps, les ouvrages sur les héros de la Seconde Guerre mondiale ont été consacrés aux alliés. Le prestige du vainqueur. Le poids de la responsabilité collective allemande certainement aussi. Si on ne peut nier les exactions et la violence des nazis, les soldats réguliers de la Wehrmacht étaient souvent beaucoup moins jusqu’au-boutistes et extrémistes. Surtout, nombreux étaient les enfants des vétérans de la Grande Guerre qui considéraient le traité de Versailles comme une trahison à leur patrie. C’est le cas du jeune Reinhold. Dans le château familial autrichien, il se prépare à entrer dans la Luftwaffe. Pas assez vite aux yeux de son vétéran de père qui le rabroue sans cesse par rapport à son aîné, forcément parfait. Cet épisode d’ouverture nous place le contexte familial mais, par sa représentation en noir et blanc, il introduit aussi toute une série de futurs flashbacks. Dans la réalité, on se retrouve sur le front de l’Est, en pleine guerre. Reinhold est devenu un as grâce à sa volonté, son travail et aux pilules de pervitine. Si cette amphétamine annihile le sommeil, elle crée aussi des visions qui renvoient le pilote en enfance. À l’autre bout du Reich, son frère mène une existence plus agréable sur l’île de Guernesey. Ces destins croisés n’apparaissent qu’après un bon tiers de l’album. Yann veut certainement retarder l’annonce des événements intrafamiliaux qui auront une incidence sur la vie des pilotes. À distance donc, le scénariste dresse deux portraits diamétralement opposés mais qui se rejoignent lorsque le ministre de la Guerre Goering vient inspecter les deux escadrons. Une mystérieuse ligne rouge vient recouvrir l’insigne des avions et font entrer le reichführer dans une colère noire. Si les péripéties sont assez nombreuses pour ne pas que le lecteur s’ennuie, cet album d’ouverture est une vraie et longue exposition. Beaucoup de questions restent en suspens et le contexte politique de l’époque vient encore complexifier la situation. Néanmoins, chaque chose vient se mettre à sa place et on a très envie de découvrir ce qui va pouvoir se passer ensuite. Côté dessin, Julien Camp opte pour un style réaliste plutôt réussi. Si je suis fan absolu des flashbacks en noir et blanc (que je trouve une incroyable élégance), le reste de l’album est aussi très explosif. Pour les combats aériens, le dessinateur nous régale : angles de vue démultipliés,  sorties de cadre... on se croirait aux commandes des appareils allemands. À cela s’ajoute les teintes blanchâtres du Front russe et, à contrario, les teintes chaudes de la Manche. Les personnages ne manquent pas de charisme mais leurs expressions sont parfois un peu surjoués et statiques en même temps. On se consolera en observant le soin apporté à l’éclairage et surtout au jeu des regards.
Au final, on ne sait pas trop où Yann veut nous embarquer mais on prend grand plaisir à le suivre dans les destins croisés de ces deux frangins. Plaisir d’autant plus grand que le dessin réaliste est de bonne facture. Décollage réussit donc pour cette nouvelle série historique d’aviation.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : boil

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