Nom de la série : Shango
Tome : 1
Titre du Tome: Pirate noir des caraïbes
Scénario : Arnaud Delalande et Marc De Banville
Dessin : Guy Michel
Couleur : Tyffenn Guerveno
Maison d'édition : Robinson
En 1639, dans le village de Dassa (sur le territoire de l’actuel Bénin), la population est rassemblée pour assister au jugement de Shango, fils du chef du village du royaume d’Oyo. Il est accusé d’avoir séduit la femme d’un autre guerrier chasseur. Certains le blâment, tandis que d’autres soutiennent qu’il est tombé dans un piège de séduction. Le chef du village étant à la fois juge et partie, il fait donc appel au sorcier vaudou pour trancher l’affaire.
Après quelques incantations, le vent commence à se lever. Shango est forcé d’avaler une mixture qui le plonge en transe. Une fois le calme revenu, la sentence tombe : à l’aube, Shango devra affronter le lion blanc. S’il parvient à le tuer, il pourra revenir au village ; sinon, la mort l’emportera. Shango n’a quasiment aucune chance de vaincre l’animal. Le combat est inégal, et son salut viendra d’un coup de feu tiré par Aho, un guerrier du royaume d’Abomey, qui abat le lion. Mais Shango n’est pas sauvé pour autant : il est désormais prisonnier, pire, esclave de cet homme qui va le vendre aux Hollandais en compagnie d’autres captifs.
En temps normal, un premier volet d’aventure prend le temps d’installer la situation, les personnages et le contexte. Ici, les auteurs ont fait le choix d’aller très vite : à l’image de l’enlèvement de Shango, le récit adopte d’emblée un rythme soutenu, porté par l’action. Un pari risqué, car ils auraient pu omettre des éléments essentiels pour la suite. Il n’en est rien : le lecteur est immédiatement plongé dans la réalité âpre de la vie villageoise africaine du XVIIe siècle, avec ses rivalités claniques, sa violence, mais aussi un pan méconnu de l’histoire — celui des alliances avec les Européens, notamment hollandais ou portugais, où certaines tribus, en échange de fusils, se transformaient en chasseurs d’êtres humains pour alimenter la traite à destination des Caraïbes.
Dans une seconde partie, l’album aborde un autre sujet, tout aussi méconnu et rarement traité : celui des esclaves qui vont se transformer en pirates noirs. Bien avant l’apparition du plus célèbre d’entre eux, Black Caesar, au XVIIIe siècle, Shango en incarnerait ici une figure précurseure.
Les scénaristes ont manifestement effectué un travail de recherche solide, tant sur les faits que sur les lieux — comme l’île de la Tortue, qui n’est pas encore le repaire de flibustiers que l’on connaît. Même si Shango reste une œuvre de fiction, la crédibilité de ce premier album laisse penser qu’elle pourrait s’inspirer d’événements réels.
La piraterie prend une place de plus en plus importante au fil des pages, offrant aux lecteurs l’occasion de découvrir — ou de redécouvrir — le talent de Guy Michel au dessin. L’artiste a consacré près de trois ans à la réalisation de cet album, et cela se ressent dans le soin apporté aux ambiances et aux décors.
Très belle surprise que cet ouvrage édité par les éditions Robinson : un premier volet rythmé, riche en action mais aussi très pédagogique, qui donne envie d’approfondir les thèmes abordés et d’attendre avec impatience la suite des aventures de Shango.
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