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Soeurs des vagues Soeurs des vagues

Soeurs des vagues

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Nom de la série : Soeurs des vagues
Scénario : Tristan ROULOT
Dessin : MICKAËL
Couleur : MICKAËL
Maison d'édition : Le Lombard

À Peggy’s Cove, en Nouvelle-Écosse, les hommes sont partis en mer. Lorsqu’un mystérieux naufragé est recueilli par les femmes, le fragile équilibre du village vacille. Tristan Roulot et Mikaël livrent un roman graphique magistral sur la résilience et les secrets.
Nouvelle-Écosse, octobre 1914. Alors qu’une tempête fait rage sur le petit village de Peggy’s Cove, un voilier s’échoue sur les hauts-fonds. Miraculeusement rescapé, le pilote est recueilli par un groupe de femmes. Il est soigné et logé à l’auberge de La Jacques, en attendant un retour à Halifax. Le lendemain, deux hommes à l’allure patibulaire débarquent dans une Ford T rutilante. Ils posent beaucoup de questions, à tout le monde, et fouillent dans toutes les cabanes de pêcheurs. Il faut dire que la tâche est facile : tous les hommes sont morts ou partis en campagne de pêche ; il ne reste plus que les femmes et les enfants. Il y a bien Balane, le gardien de phare, mais il ne s’est jamais vraiment remis de ses années dans la marine marchande et ne quitte plus sa lumière. Les deux gangsters sont à la recherche d’alcool de contrebande qui transitait par bateau : c’est la troisième cargaison que leur patron perd dans les eaux de Peggy’s Cove, et quelques bouteilles ont refait surface dans les pubs d’Halifax. Il semblerait bien qu’une période de gros temps s’annonce pour les femmes du village…
Il y a quelques années, j’avais découvert le métier de « naufrageur » grâce au très bon album de Rodolphe et Gnoni. Moi qui imaginais les pirates à la façon Jack Sparrow, j’étais tombé sous le charme de ces terriens. Avec Sœurs des vagues, Mikaël et Tristan Roulot vont encore plus loin. Nous voilà plongés dans une Nouvelle-Écosse encore bouleversée par les récents naufrages de l’Empress of Ireland et du Titanic. Selon la liturgie maritime, un double survivant serait littéralement blacklisté sur n’importe quel navire : un véritable chat noir en puissance ! Une aubaine pour des contrebandiers en quête de main-d’œuvre habile et bon marché. Mais de tout cela, les habitants de Peggy’s Cove se moquent. Déserté par les hommes partis, parfois en vain, à la pêche, le bourg est laissé aux bons soins des femmes. Lorsqu’un bateau s’échoue, ce sont elles qui viennent en aide au malheureux marin. L’histoire pourrait en rester là… mais les bandits d’Halifax trouvent pour le moins troublant que trois navires disparaissent au même endroit. C’est ainsi que les renards entrent dans le poulailler. Pourtant, Tristan Roulot prend un malin plaisir à semer de petits cailloux blancs dans toutes les directions. Pendant longtemps ; rien, mais alors absolument rien, n’est sûr dans ce village. Il faut se méfier de tout le monde, car chaque habitant peut se révéler autre que ce qu’il semble. L’intrigue se révèle particulièrement savoureuse, même si son rythme est parfois aussi chaotique que le moteur d’un bateau de pêche du début du siècle. Pour atutant, chaotique ne veut certainement pas dire poussif ! Les révélations sont audacieuses, alternant scènes d’action efficaces et séquences de narration-dialogue plus posées mais toujours instructives. Si le récit est solidement construit, les dessins de Mikaël apportent un supplément d’âme. Le dessinateur s’amuse lui aussi à semer le doute : qui est le gentil ? qui est le méchant ? Ce mystérieux rescapé incarne le stéréotype du marin avec ses tatouages… mais attention, s’ils sont beaux, ils pourraient être bien plus que décoratifs. Ce n’est qu’un des nombreux éléments qui nous plongent dans le début du XXe siècle. Costumes, voitures, engins à moteur, attitudes ou encore décors : on se croirait revenu à l’époque de Mistinguett. Impossible enfin d’ignorer l’omniprésence de l’océan dans cette histoire, même si, à mon goût, il est parfois trop peu montré. Mais lorsqu’il l’est, accrochez-vous au bastingage ! Le tout est colorisé dans divers camaïeux qui créent des atmosphères très marquées et renforcent encore le plaisir de lecture.
Sœurs des vagues s’impose ainsi comme un excellent roman graphique, mêlant résilience et piraterie au début du XXe siècle. Un album troublant qui rappelle que rien n’est jamais écrit d’avance et que l’on est toujours plus fort à plusieurs.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : boil

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