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Le colosse rouge Le colosse rouge

Sorciers et bourbiers

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Nom de la série : Sorciers et bourbiers
Titre du Tome: Le colosse rouge
Scénario : Alex CHAUVEL
Dessin : Léa GERMAN
Couleur : Katherine AVRAAM
Maison d'édition : Delcourt

Quatre personnages que tout oppose vont devoir unir leurs forces pour affronter un ennemi commun doté d’une force colossale. Mais ne risquent-ils pas de faire mentir l’adage : « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis » ? Avec Sorciers et Bourbiers, les auteurs livrent un album de cape et d’épée aussi singulier que déstabilisant, mêlant aventure, fantasy et humour dans un univers original et agréable à découvrir.
 
Rien ne va plus dans cette prévôté. Depuis que Raban de Thuringe s’y est installé, il multiplie attaques et assassinats. Dernière victime en date du colossal guerrier : la jeune Ida Trencavel, récemment veuve. C’est alors qu’arrive Albéric de Mortemer, commandant-inquisiteur de l’Ordre des Frères du Soleil Vif. Il pénètre dans la ville accompagné d’une captive, une sorcière dotée de multiples pouvoirs. À la taverne où il négocie avec le prévôt, il remarque rapidement un jeune ménestrel bien plus habile à la bagarre qu’à la poésie. Très vite, il apparaît que chacun semble avoir un compte à régler avec Raban. Grâce à une précieuse information, Mortemer et ses hommes se lancent à sa poursuite. Mais lorsque le combat s’engage, ni les épées ni les flèches ne parviennent à entamer la peau tatouée de celui que l’on surnomme l’Ours d’Antioche. Contre toute attente, chevalier déguisé en troubadour, sorcière, moine-soldat et jeune veuve vont devoir unir leurs forces. Reste à savoir s’ils réussiront à faire mentir l’adage : « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis… »
Dès la page de garde, le lecteur plonge dans un univers médiéval singulier grâce à la représentation des principaux protagonistes sous la forme d’un superbe vitrail. L’entrée en matière se révèle tout aussi réussie, avec une spectaculaire attaque de carrosse, aussi brutale que mystérieuse. Si le colosse tatoué se débarrasse sans peine des gardes, le sort réservé à la jeune femme transportée demeure énigmatique. Le récit nous entraîne ensuite dans une petite bourgade où débarquent des cavaliers escortant une prisonnière. À leur tête, Albéric de Mortemer, commandant d’un ordre de moines-chevaliers qui évoque immanquablement les Templiers. Peu à peu, les pièces du puzzle se mettent en place : la région est ravagée par l’Ours d’Antioche, et ces chevaliers sont venus rétablir l’ordre. Mais l’apparition d’un nouveau protagoniste, un ménestrel facétieux, vient aussitôt brouiller les pistes. Cette exposition progressive impose un rythme soutenu et capte immédiatement l’attention. Les scènes d’action, nombreuses et efficaces, alternent avec des dialogues plus posés. Si ces derniers ralentissent parfois légèrement la cadence, ils enrichissent surtout une intrigue qui gagne en épaisseur. Une question centrale se dessine rapidement : d’où vient la force surhumaine de Raban de Thuringe ? À mesure que les rivalités entre les cinq protagonistes se précisent, on comprend que cette aventure a tout d’un premier tome. Son dénouement particulièrement ouvert renforce encore cette impression. Pour donner vie à cette équipée rocambolesque, Léa German fait le choix d’un style graphique résolument original. Le dynamisme est omniprésent, notamment grâce à des scènes de combat éclatées, sans cadre fixe, qui accentuent la nervosité de l’action. L’expressivité très appuyée des personnages puise autant dans les codes du manga que dans certaines références franco-belges. Ajoutons à cela des décors parfois minimalistes, quelques clins d’œil à la ligne claire et une mise en couleur particulièrement soignée : le résultat est singulier. La colorisation accompagne parfaitement les variations de ton. Vibrante dans les séquences tendues, elle se fait plus pastel lorsque l’intrigue bascule vers des moments plus diplomatiques ou introspectifs. Ce parti pris graphique pourra toutefois dérouter. Trop insolent et complexe pour un jeune lectorat, peut-être trop décalé pour certains lecteurs adultes, l’album peine parfois à trouver clairement son public.
Au final, cet album se distingue par son originalité. Entre héroïc-fantasy débridée, personnages hauts en couleur et intrigue pleine de mystères, il propose une lecture aussi surprenante qu’attachante. Son dessin atypique pourra diviser, mais l’ensemble conserve une vraie cohérence et se révèle particulièrement plaisant à découvrir.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : boil

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