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The Kids

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Nom de la série : The Kids
Scénario : Garth Ennis
Dessin : Dalibor Talajic
Couleur : Stjepan Bartolic
Maison d'édition : DELCOURT

Un album trash qui met sérieusement à mal l’envie de garder ses enfants bébés.

Yoni et Léo mènent une vie de famille tranquille avec leurs deux enfants : Matt, l’adolescent, et Ivan, le petit dernier qu’il est l’heure de coucher. Une fois redescendus au salon pour prendre un dernier verre, profiter de leur aîné et critiquer la voisine — qu’ils surnomment la sorcière —, le couple décide d’aller se coucher. À 3h30 du matin, ils sont réveillés par un bruit provenant de la chambre d’Ivan. Arrivés dans la pièce, ils découvrent un homme nu, à la taille terrifiante, en train d’hurler. Aucune trace d’Ivan. Le couple tente de maîtriser l’intrus, mais celui-ci possède une force herculéenne. Ils finissent par l’enfermer dans la chambre et fuient la maison avec Matt. Dehors, c’est le chaos : plusieurs familles sont dans la rue, poursuivies par d’autres personnes — hommes et femmes — également nues et dotées des mêmes caractéristiques.

En quelques cases seulement, les lecteurs comme les protagonistes basculent dans une véritable quatrième dimension. Qui sont ces êtres inquiétants ? Le chaos s’installe rapidement, entraînant violence, désordre et peur.

Le scénariste Garth Ennis construit un récit que l’on pourrait presque assimiler à une nouvelle, tant sa brièveté (une quarantaine de planches) contraste avec l’efficacité de sa mise en place. En une minute — à 3h31 précisément —, le monde bascule : les enfants de moins d’un an se transforment physiquement en adultes dotés d’une force décuplée, tout en conservant des comportements infantiles. Ils ont besoin de se nourrir, de contact, d’attention… mais sans aucun code social pour encadrer ces pulsions.

Le concept est aussi simple que dérangeant. Il impose toutefois au lecteur de prendre un certain recul pour accepter cette prémisse et s’immerger pleinement dans le récit. Une fois ce cap franchi, l’album déploie efficacement les codes du survival, avec des enfants devenus des menaces quasi zombiesques. Le rythme est soutenu, l’histoire va droit au but, avec son lot de surprises et, fait appréciable, une véritable conclusion : Garth Ennis ne laisse pas le lecteur sans réponse, contrairement à de nombreuses œuvres du genre.

Au dessin, Dalibor Talaji? opte pour une approche directe et nerveuse. Son trait privilégie l’efficacité et le dynamisme, renforçant l’impact des scènes les plus choquantes. Sans chercher la surenchère graphique, il parvient à installer une atmosphère oppressante et brutale.

Reste que cette brièveté constitue aussi la principale limite de l’album. Le concept, particulièrement fort, aurait sans doute gagné à être développé sur un format plus long afin d’explorer davantage ses implications, notamment sur le plan psychologique et sociétal.

Nous avons tous, un jour, pensé que nos enfants grandissaient trop vite et souhaité les garder petits. Après cette lecture, l’idée paraît soudain beaucoup moins séduisante. The Kids est une œuvre surprenante, percutante, mais frustrante par son format trop court.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : LABANDEDU9

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