Nom de la série : Tout mais pas Beyrouth
Scénario : Mathieu DIEZ
Dessin : Jibé
Couleur : Jibé
Maison d'édition : Delcourt Encrages
Mathieu DIEZ nous rapporte ici de manière remarquable ses quatre années passées au Liban en tant qu’« attaché pour le livre et le débat d’idées » à l’ambassade de France à Beyrouth.
Après avoir travaillé quinze années sur le festival Lyon BD, Mathieu DIEZ postule à divers postes d’acteurs culturels, ouverts par le ministère des affaires étrangères, à travers le monde. Et c’est dans la capitale du Liban qu’il part s’installer avec sa femme et ses deux jeunes enfants, ce qui n’est pas sans inquiéter sa mère qui avait pourtant déclaré auparavant « tout mais pas Beyrouth ». Cette ville véhicule en effet des images péjoratives suite à ses vingt-cinq années de guerre civile entre 1975 et 1990 ce qui est corroboré par l’expression en français « c’est Beyrouth ». Pourtant l’auteur conserve un excellent souvenir de la capitale du pays du cèdre après s’y être rendu quelques jours en 2019. Rapidement, l’auteur y prend ses marques au sein de l’institut français qui jouxte l’ambassade de France sans que les inquiétantes diverses consignes de sécurité ne l’effraient. Son projet d’organiser un festival de BD à Beyrouth l’amène à rencontrer de nombreux interlocuteurs dont l’ambassadrice. Et si le festival Beyrouth BD est un véritable succès, Mathieu DIEZ n’en reste pas là en se portant sur de nouveaux projets qui vont parfois souffrir de la situation politique et géopolitique instable de la région.
Suivre notre auteur durant son séjour au Liban est enthousiasmant tant ce pays, bien que meurtri dernièrement par le Covid, la crise économique, l’explosion du port ou les tensions communautaires, est riche avec sa culture, son multiculturalisme - dix-huit communautés de confessions différentes se côtoient -, son enthousiasme et sa gastronomie. Ce dernier aspect est loin de laisser indifférent l’attaché à l’ambassade ni ses enfants d’ailleurs qui s’immergent par ailleurs pleinement dans l’âme du pays. Le lecteur va également vivre avec lui les conséquences dramatiques de la journée du 7 octobre 2023. Le message délivré se veut pourtant optimiste avec la culture comme fer de lance. A ce propos, une de ses amies travaillant au bureau du livre de l’institut français du Liban déclarera : « un pays qui va mal ne va pas mieux si tu lui enlèves la culture ». Enfin, le récit de ce roman graphique est fluide tout en étant précis porté admirablement et à propos par le trait de JIBÉ. En effet, son dessin est toujours juste, des moments légers aux scènes de violence liées à la guerre.
Cette expérience libanaise est à la fois touchante et marquante tout en montrant que la culture concourt à la résilience d’un pays.