Nom de la série : Tunnels
Scénario : Michaël SANLAVILLE
Dessin : Michaël SANLAVILLE
Couleur : Michaël SANLAVILLE
Maison d'édition : Glénat
En ce jour d’août 2023, une famille s’accorde une pause bien méritée sur une aire d’autoroute. Il faut dire que partir en vacances avec trois enfants présentant une importante différence d’âge n’est pas de tout repos ! Une fois tout le monde passé aux toilettes, la couche de la petite dernière changée, l’impulsivité de Samantha canalisée et le refus de Jolène d’augmenter son kilométrage de conduite accompagnée essuyé, la famille remonte dans le break pour les 400 derniers kilomètres.Les bornes défilent. À l’arrière, les plus jeunes se sont endormis tandis que l’aînée joue à la console. À l’avant, les parents commencent à s’inquiéter : depuis le temps qu’ils roulent, ils devraient déjà être arrivés. Il faut dire que le GPS et les téléphones ont perdu tout signal. Au détour d’un tunnel, un bolide noir et vrombissant les dépasse à vive allure. Puis un deuxième apparaît dans le rétroviseur. Sauf que celui-ci s’arrête ! Un pilote casqué s’extrait du cockpit en hurlant des paroles incompréhensibles avant d’être fauché par un troisième monstre métallique. Affolée, la famille se réfugie dans le break. Après quelques kilomètres supplémentaires, ses membres sont contraints de se rendre à l’évidence : ils ne sont plus sur l’autoroute, mais au beau milieu d’une course infernale…
Bien que j’aie déjà aperçu les ouvrages de Mickaël Sanlaville dans les rayonnages de ma librairie préférée, je n’avais encore jamais lu aucun de ses albums. Tunnels est donc pour moi une première; et même une première à double titre. En effet, ce roman graphique ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire auparavant. Bien sûr, on identifie certaines références de la pop culture, notamment les premiers épisodes de la saga Mad Max. Les bolides arborent d’ailleurs bien plus que la simple couleur de l’Interceptor du policier maudit. Mais n’allons pas trop vite, si j’ose dire. L’album débute par une scène ordinaire pour quiconque a déjà fréquenté les aires autoroutières lors des grands départs en vacances : un pique-nique familial, des querelles entre enfants et une aire de jeux. Pour Mickaël Sanlaville, il n’en faut pas plus pour nous présenter ses personnages. Là encore, rien d’exceptionnel : un couple et ses trois enfants âgés de 2 à 15 ans. Seule particularité, le père tient énormément à son break Volvo. Puis, sans que la famille, ni le lecteur, ne s’en aperçoive, la voilà projetée dans un univers parallèle où GPS et téléphones sont inopérants, et où toutes les voitures participent à une course où tous les coups sont permis. Enfermée dans l’automobile, la famille ne comprend pas ce qui lui arrive. Dans ce huis clos fantastico-routier, le scénariste fait monter la pression aussi sûrement que celle des turbos des bolides. On suit ainsi les interrogations des personnages, tout comme leurs traumatismes à chaque accrochage ou carambolage. On se situe davantage dans La Course à la mort que dans Les Fous du volant. Toutefois, Sanlaville nuance la tonalité en concluant son récit sur une note plus sombre, avec l’évocation de la perte d’un être cher. Côté dessin, l’auteur reste fidèle au style qui a fait sa réputation. Bien qu’enfermés dans les voitures, les personnages évoluent dans un univers où l’impression de mouvement est omniprésente. Mieux encore, le sentiment de vitesse est saisissant, presque envoûtant. Inconsciemment, le lecteur se surprend à vouloir participer à cette course — tout en restant confortablement installé dans son canapé. Le lien avec les jeux vidéo est indéniable. La colorisation, à la fois pastel et vive, vient dynamiter cette atmosphère glauque et violente. Enfin, précisons que l’épilogue est totalement inattendu et résolument ouvert. Ne vous attendez donc pas à des révélations fracassantes, mais plutôt à un malaise persistant, susceptible de vous prendre aux tripes à chaque passage de tunnel ou à chaque panne de GPS…
Nom d'utilisateur : boil
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