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Une dernière partie de flipper

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Nom de la série : Une dernière partie de flipper
Scénario : Rune Ryberg
Dessin : Rune Ryberg
Couleur : Rune Ryberg
Maison d'édition : Aventuriers d'Ailleurs

Avec Une dernière partie de Flipper, Rune Ryberg nous plonge dans une chronique douce-amère qui sent bon les salles d'arcade enfumées, les canettes de soda tièdes, les amitiés bancales et cette période de la vie où l'on refuse obstinément de grandir alors que tout autour de nous nous pousse à le faire.


   L'album s'ouvre de manière plutôt originale avec quelques pages consacrées à une partie de flipper. Une entrée en matière qui donne immédiatement le ton. Ici, tout est question d'équilibre : ne pas trop secouer la machine, ne pas provoquer le tilt. Une métaphore qui prendra progressivement tout son sens au fil du récit.
Très vite, nous faisons la connaissance de Rick et Bart, deux compères inséparables qui viennent de dérober une caisse de soda et détalent à travers la ville sous les hurlements de son propriétaire. Rick, sorte de lézard anthropomorphe violet, est une véritable catastrophe ambulante. Impulsif, provocateur, incapable de réfléchir aux conséquences de ses actes, il fonce tête baissée dans les ennuis. Bart, son ami à tête d'oiseau, apparaît plus réfléchi et plus posé. Pourtant, malgré sa lucidité, il se laisse constamment entraîner dans les combines foireuses de son camarade.
Leur fuite les conduit rapidement à provoquer un groupe de voyous locaux avant de croiser la route de la police. Comme souvent avec Rick, une mauvaise décision en entraîne une autre et ce qui devait être un simple larcin se transforme en nouvelle débâcle. Au final, ils n'auront gagné qu'une nouvelle série d'ennemis et une caisse de soda dont ils ne sauront même pas quoi faire.
Mais, derrière ces petites magouilles sans importance, se cache en réalité le cœur du récit.
Ce qui unit véritablement Rick et Bart, ce sont les salles d'arcade et leur passion commune pour le flipper. Nous sommes en 1993, dans une banlieue quelconque où les néons des bornes de jeux éclairent encore les soirées d'une jeunesse qui refuse de voir son époque disparaître. Les deux amis ne sont plus vraiment des adolescents, mais ils continuent pourtant à vivre comme tels, traînant dans les salles de jeux, multipliant les combines douteuses et repoussant sans cesse le moment où il faudra devenir adulte.
   Petit à petit, Rune Ryberg prend le temps d'explorer la personnalité de ses personnages. On découvre notamment Bart, beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Derrière son apparente passivité se cache un garçon sensible, passionné par le dessin et la conception de flippers. Son rêve serait, un jour, d'en créer lui-même. Il nourrit également des sentiments pour Janice, une jeune chatte violette au tempérament punk qui ne le laisse pas indifférent. Malheureusement pour lui, d'autres prétendants gravitent autour d'elle, notamment Dean, musicien rebelle qui semble davantage correspondre à l'image qu'elle se fait de l'amour.
Autour d'eux gravite toute une galerie de personnages attachants. Il y a notamment Lazlo, réparateur et commerçant du quartier, l'un des rares adultes à croire réellement au potentiel de Bart et à l'encourager à s'éloigner de l'influence néfaste de Rick. Car, au fond, c'est bien de cela qu'il est question : savoir s'émanciper des amitiés toxiques sans pour autant renier son passé.
Le scénario est particulièrement réussi. Sous ses airs de chronique légère peuplée d'animaux anthropomorphes, l'album aborde avec beaucoup de justesse les difficultés du passage à l'âge adulte, les rêves que l'on peine à concrétiser, les mauvaises influences, les occasions manquées et cette peur diffuse de voir une époque révolue disparaître avec nous.
L'univers dépeint par Ryberg est d'une grande richesse. On y retrouve toute une culture populaire liée aux années 1980 et au début des années 1990 : les salles d'arcade, les flippers, les bandes de quartier, les petits commerces, les bars miteux et les coins plus ou moins fréquentables où se croisent les marginaux. On sent un véritable amour pour cette période et pour tout ce qu'elle représente.
Graphiquement, l'album possède une identité très forte. Le dessin de Rune Ryberg ne cherche jamais le réalisme. Son trait est nerveux, expressif et immédiatement reconnaissable. Les personnages anthropomorphes pourraient surprendre au premier abord, mais on s'y attache très rapidement. Leur design participe pleinement à l'ambiance générale du récit. Les couleurs, les formes et la mise en scène dégagent une énergie communicative qui rappelle parfois certains dessins animés indépendants ou les jeux vidéo de cette époque. C'est un style particulier, mais terriblement efficace.
   Au final, « Une dernière partie de Flipper » est une très belle surprise. Derrière son apparente légèreté, l'album propose un récit touchant sur l'amitié, le temps qui passe et la difficulté de trouver sa place lorsqu'on refuse de quitter l'âge de l'insouciance. Une histoire pleine de nostalgie, d'humour et de tendresse, portée par un univers original et des personnages auxquels on s'attache rapidement.
Une lecture rafraîchissante, sincère et particulièrement attachante que je ne peux que recommander aux amateurs de récits initiatiques et de culture arcade.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : bibione

Nombre de chroniques publiées : 111