Nom de la série : Uri Tupka et les dieux
Scénario : Mike Mignola
Dessin : Mike Mignola
Couleur : Dave Stewart
Maison d'édition : Delcourt collection contrebande
Les éditions Delcourt, dans leur collection Contrebande, nous proposent avec "Uri Tupka et les Dieux" un nouveau récit de Mike Mignola, accompagné aux couleurs par Dave Stewart. Après Le Carnaval des cadavres, l’auteur poursuit l’exploration de son univers des Contes des contrées inconnues, cette fois à travers une véritable aventure de fantasy sombre, entre mythes, créatures et anciennes divinités.
Uri Tupka n’a rien d’un pèlerin ordinaire. Recherché et considéré comme un hérétique, il doit prendre la fuite et arpenter les différentes contrées du monde sous l’apparence d’un pèlerin. Avec pour seuls moyens une bourse offerte par un vieil homme de ses connaissances et les quelques informations qu’il possède, il se lance dans un voyage qui semble d’abord autant motivé par la nécessité de survivre que par la volonté de comprendre ce monde où les dieux semblent avoir disparu.
Son périple va rapidement prendre une tout autre dimension. Au fil des chemins, Uri croise des bandits, des dragons, des géants et des créatures démoniaques. Son voyage le conduit également vers d’anciennes histoires, des croyances oubliées et, finalement, vers un mystérieux tombeau qui semble renfermer une horreur impossible à nommer. Derrière cette succession de rencontres se dessine, peu à peu, une vision beaucoup plus vaste de cet univers et de la place qu’Uri y occupe.
Mike Mignola construit son récit comme un véritable conte gothique. L'histoire avance par étapes, en multipliant les rencontres et les récits enchâssés, tout en laissant volontairement planer de nombreuses zones d'ombre. On découvre cet univers en même temps qu'Uri, sans toujours savoir où l'aventure va nous conduire.
Le scénario est solidement construit et possède cette capacité à faire naître le mystère avec très peu d'éléments. Mignola ne cherche pas à tout expliquer : il suggère, laisse quelques portes entrouvertes et donne progressivement une cohérence à cet univers peuplé de dieux disparus, de monstres et de légendes. Une approche qui confère au récit une vraie personnalité et donne surtout envie d'en savoir davantage sur ce monde et sur ce qui attend Uri.
Graphiquement, on retrouve immédiatement la patte de Mignola, celle que l'on a déjà pu apprécier dans Hellboy, Lord Baltimore ou ses autres récits fantastiques. Un trait volontairement épuré, parfois grossier, qui ne cherche pas le réalisme et qui peut même rendre certains personnages difficiles à identifier au premier regard.
L'essentiel passe ici par les silhouettes, les ombres, les attitudes et les décors. Les couleurs de Dave Stewart fonctionnent essentiellement par grands aplats et renforcent cette atmosphère de conte sombre. Le résultat est très particulier, mais parfaitement cohérent avec l'univers imaginé par Mignola.
La mise en page reste, quant à elle, fluide et permet au récit de progresser sans difficulté malgré la quantité d'informations et les nombreux changements de lieux. Certaines pages privilégient même davantage l'ambiance que l'action, donnant au lecteur le temps de s'attarder sur cet univers étrange.
Uri Tupka et les Dieux est une belle plongée dans un univers de fantasy sombre qui ne ressemble pas vraiment à ce que l'on peut trouver ailleurs. Mignola y retrouve ses thèmes de prédilection : les mythes, les croyances, les monstres et cette frontière toujours très mince entre le merveilleux et l'horreur.
Un récit bien construit, porté par un graphisme immédiatement reconnaissable et une atmosphère particulièrement singulière. Uri Tupka est un personnage qui donne envie de poursuivre le voyage, d'autant que beaucoup de mystères restent encore à explorer.
Une aventure étrange, sombre et dépaysante, qui confirme une nouvelle fois que Mike Mignola n'a décidément pas fini de nous emmener dans ses contrées inconnues.