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Denys Denys

Vaillantes

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Nom de la série : Vaillantes
Scénario : Emilie Chazerand
Dessin : Cécile Becq
Couleur : Cécile Becq
Maison d'édition : Rue de Sèvres

1936, début des congés payés, mais aussi celui d’une certaine émancipation féminine. Un roman graphique porté par Cécile Becq et Émilie Chazerand, qui mêle évasion, culture populaire et contexte historique.

Sur un bateau de croisière, une jeune Américaine prénommée Mabel se fait charmer par un jeune homme attentionné. Mais ce dernier n’est autre que le neveu de Monsieur Berg, le mari de Mabel. Entre Mabel et Monsieur Berg, la différence d’âge est importante, et leur union repose davantage sur un partenariat que sur un véritable coup de foudre. Qu’à cela ne tienne, les deux époux font preuve de lucidité face à leur situation, ce qui permet à Mabel d’envisager un avenir pour le jeune homme dont elle s’occupe.Pendant ce temps, sur la terre ferme, Suzanne cueille des cerises dans son verger en compagnie de sa fille Rose, qui s’apprête à entrer au service de Monsieur Edmond Berg afin de veiller sur le neveu.

Derrière son apparente chronique romanesque, Vaillante construit un récit bien plus politique qu’il n’y paraît. En situant son intrigue durant l’été 1936, au moment où la France découvre les premiers congés payés et où les rapports sociaux semblent momentanément se redessiner, l’album s’inscrit dans une période charnière. Le Front populaire, les avancées sociales et une certaine idée d’émancipation traversent en filigrane le récit sans jamais en devenir le sujet principal. Ce choix permet à l’album de faire résonner l’intime avec le collectif : alors que le pays change, ses héroïnes cherchent elles aussi leur place dans un monde qui semble décidé à les enfermer dans des rôles déjà écrits.

Car Vaillante parle avant tout de femmes. De femmes qui composent avec les attentes sociales, économiques et familiales imposées par leur époque. Mabel, américaine mariée à un homme bien plus âgé dans une union davantage contractuelle qu’amoureuse, apparaît d’abord comme une figure de privilège. Pourtant, sous cette façade bourgeoise, le personnage révèle une forme de solitude et un désir d’émancipation discret. À l’inverse, Suzanne, ancrée dans un quotidien rural et marqué par le poids du travail, représente une autre condition féminine, plus rude, plus terrienne. La rencontre entre ces deux trajectoires devient alors le moteur d’un récit où les différences de classe se confrontent autant qu’elles s’effacent.

L’album trouve également une grande justesse dans sa manière d’aborder les hiérarchies sociales sans les caricaturer. Le rapport domestique entre Rose et la famille Berg, notamment à travers son rôle de servante auprès du neveu, aurait pu verser dans une opposition simpliste entre dominants et dominés. Or, le scénario préfère explorer les zones grises : celles des dépendances mutuelles, des affects inattendus et des aspirations personnelles. Derrière les convenances bourgeoises se dessinent des individus prisonniers de leur statut autant que bénéficiaires de celui-ci.

Cette attention portée aux personnages permet au récit d’éviter le piège du mélodrame historique. Là où certains romans graphiques d’époque multiplient les effets tragiques, Vaillante semble privilégier les silences, les regards et les tensions diffuses. Les sentiments émergent moins par le spectaculaire que par l’accumulation de gestes quotidiens, donnant au récit une tonalité sensible qui accompagne efficacement les enjeux sociaux du moment.

Enfin, difficile de ne pas voir dans Vaillante une réflexion plus large sur la transmission féminine. Entre Mabel, Suzanne et Rose, le récit semble tisser une forme de sororité indirecte où différentes générations de femmes tentent, chacune à leur manière, de préserver un espace de liberté. Dans une époque encore fortement marquée par les assignations de genre, cette volonté de rester maîtresse de son destin devient sans doute le véritable cœur du propos.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : LABANDEDU9

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