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Woodstock 69 Woodstock 69

Woodstock 69

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Nom de la série : Woodstock 69
Scénario : Kid Toussaint
Dessin : José Luis MUNUERA
Couleur : Sedyas
Maison d'édition : Le Lombard

Le caporal Ulysse Grant rentre blessé du Vietnam avec une seule obsession : empêcher le mariage de Leslie avec un autre. Mais au cœur du chaos de Woodstock, retrouver l’amour de sa vie relève de la mission impossible. Kid Toussaint et José Luis Munuera signent une relecture jubilatoire du concert du siècle, une aventure humaine aussi drôle qu’émouvante, vécue à hauteur de festivaliers.
Juillet 1969. Lors de la distribution du courrier, les GI’s sont victimes d’une attaque du Vietminh. Pourtant, si Ulysse reste hagard, ce n’est pas à cause de la brutalité de l’offensive, mais parce que la lettre qu’il vient de recevoir met fin à ses fiançailles avec Leslie. Miraculeusement rescapé, Ulysse rentre au pays avec un seul objectif : empêcher son prochain mariage lors du concert de Woodstock. De leur côté, la jeune Leslie et sa sœur Gaby, enceinte de huit mois, ont bien leurs billets pour les quatre jours, mais c’est surtout l’ultime concert, celui de Bob Dylan, qui les fait trembler. De tout cela, Franco Mencaccini, coiffeur de son État, n’a cure : il ne voit que les milliers de coupes potentielles qui défilent devant son échoppe. Et puis il y a le quatuor de l’organisation. Autour de Michael, de ses boucles brunes et de son sourire ravageur, rien de grave ne semble pouvoir les atteindre. Certainement pas les embouteillages, la pluie ou le colossal déficit qui s’annonce. Pourtant, une question reste en suspens : Ulysse réussira-t-il à retrouver Leslie dans cette foule immense et dans ces conditions dantesques ?
Sur Woodstock, tout a été dit, et même probablement redit. Alors comment faire du neuf avec de l’ancien ? À cette question pour le moins complexe, Kid Toussaint répond par une jolie pirouette. Le scénariste a en effet l’idée de faire un roman graphique sur le concert du siècle… sans parler des concerts. Plutôt que de faire la part belle à Joan Baez ou à Joe Cocker, il se recentre sur les festivaliers et sur une histoire d’amour inattendue. L’intrigue s’ouvre ainsi sur une caserne américaine au Vietnam. Alors que la distribution du courrier apporte son lot de nouvelles, une attaque massive est lancée. Cela permet de mieux comprendre les mentalités de l’époque : qu’importent la guerre froide et l’expansion communiste en Occident, l’heure est au Flower Power. Le caporal Ulysse Grant en fera l’amère expérience lorsqu’il reçoit la lettre de rupture de Leslie. Inconsolable, il rentre au pays afin de reconquérir l’être aimé. Sur cette toile de fond, Kid Toussaint ajoute plusieurs intrigues secondaires. On retrouve ainsi la jeune Leslie à la recherche de sa sœur enceinte, ou encore le coiffeur de Woodstock en pleine déprime face à ces milliers de chevelus. Tous ces personnages, et bien d’autres encore, vont se croiser, se frôler, avant de finir par se retrouver. Il en résulte une intrigue rythmée, où le lecteur se surprend à pester contre ces personnages qui se manquent alors qu’ils sont si proches les uns des autres. Une mécanique parfaitement maîtrisée par un scénariste qui aime brouiller les pistes. Pour preuve, le dénouement que bien peu de lecteurs verront venir. Outre ce scénario bien ficelé, l’autre atout majeur de l’album réside dans le trait semi-réaliste de José Luis Munuera. L’artiste espagnol donne une véritable personnalité à chacun des personnages. Il grave dans leurs visages, leurs corps et leurs attitudes une grande partie de leur vécu. Tout en accentuant volontairement leurs émotions, il s’appuie sur une documentation foisonnante pour livrer des décors plus vrais que nature. Il y a bien quelques incursions sur scène et dans les coulisses (le charisme « peace and love » de Michael Lang est d’ailleurs hilarant), mais ce sont surtout les abords du festival, sa faune et sa flore humaine, qui occupent le centre du récit. À ce titre, l’épisode du bus et l’allusion à Alice au pays des merveilles relèvent du pur trip. Cette atmosphère si particulière est renforcée par la colorisation. Sedyas fait le choix logique de couleurs vives et pop, flirtant avec le psychédélique. Si cela correspond parfaitement à l’époque, le coloriste sait aussi se montrer plus sobre lors des flashbacks post-traumatiques du caporal, bien plus sombres et sanglants.
C’est donc un Woodstock à hauteur de festivaliers que nous proposent Kid Toussaint et José Luis Munuera. Un Woodstock plein de vie, de rires et de larmes. Bref, un Woodstock plus vrai que nature, qui enchantera aussi bien les nostalgiques que tous ceux qui n’ont jamais pu s’y rendre.

A propos du chroniqueur

Nom d'utilisateur : boil

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