La bande du 9 : La communaut du 9ème art

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Interview Carole Maurel - Luisa

Bonjour Carole,
Merci pour ta présence, nous sommes contents de t’accueillir sur le site de la Bande Du 9 et de pouvoir mettre en avant ton parcours et ta nouveauté «Luisa» aux Editions La Boîte à Bulles.
Tu n’es pas une novice dans le domaine puisque tu as une dizaine d’années de présence dans le monde de la BD mais pour ceux qui ne te connaissent pas bien encore, peux-tu nous retracer ton parcours ?


 
Alors si, justement il se trouve que je suis considérée comme « jeune auteure » , je n'en suis qu'à mon troisième album édité ( le premier est sorti en 2013 ) et je me consacre à la BD que depuis 2011 à peu près. Avant ça, j'ai fais mes armes dans les dessins animés . J'ai travaillé en tant que technicienne sur quelques productions d'animatios avant de m'orienter vers le storyboard , l'illustration et la bande dessinée. En 2013 est donc sorti mon premier album « Comme chez toi » chez Casterman, puis sur des projets collectifs comme « 17 MAi » . C'est aussi en 2013 que j'ai commencé l'écriture de «Luisa». Et tout début 2014, on m'a proposé de travailler sur deux beaux projets aux éditions Delcourt, dont «L'apocalypse selon Magda».
 
Contrairement à «L’Apocalypse selon Magda» (paru chez Delcourt dans début d’année), tu te retrouves à mener à la fois le scénario et le dessin pour cet album «Luisa». Est-ce un choix personnel de manière à avoir une plus grande liberté au niveau de la conception ?
Il se trouve que j'avais déjà commencé à travailler sur «Luisa» lorsque l'on m'a proposé de me mettre au dessin sur le projet de Chloé , «L'Apocalypse selon Magda». Le storyboard était terminé, il ne me restait plus qu'à encrer et mettre en couleur. J'ai pu laisser «Luisa» de côté pour me consacrer au projet de Chloé, et ça a été une très bonne chose, j'ai pu mettre en pratique sur «Luisa» tout ce que je j'ai appris en travaillant sur «L'apocalypse...».
Donc pour répondre à la question, ce n'était pas vraiment un choix à la base puisque personne ne m'avait encore proposé de projet à ce moment là qui s'impose autant que celui-ci... Des opportunités intéressantes se sont mises en place bien après, avec des scénaristes.

Aujourd'hui je travaille surtout en binôme et c'est quelque chose que j'apprécie énormément, ça me permet d'aborder des sujets que je n'aurais pas forcément eu l'idée d'exploiter toute seule, ça élargit mon champ des possibles et je me rend compte que j'apprends beaucoup aux côté des autres . Je reviendrai peut-être à l'écriture lorsque des envie s'imposeront à moi , mais pour le moment je profite de tout ce que m'apportent les gens avec qui je collabore.


«Luisa» est un beau bébé de 270 pages pour 1.2 kg, je suppose que lorsque l’on entreprend un tel ouvrage, on ne se dit pas un matin: «Tiens, je vais écrire et je verrai bien où je vais!» Est-ce que tu peux nous expliquer, comment tu t’es organisée, quelle est la genèse de cet album ?

Je savais dès le départ que le projet serait conséquent. Il y a eu à peu près 3 phases d'écriture. Une première sans intérêt, une deuxième avec un vrai sujet de fond, des intrigues un peu plus construites mais une approche qui rendait la lecture laborieuse... Et une troisième qui fonctionnait nettement mieux .L'écriture est un exercice qui demande pas mal d'humilité et de remise en question... Il y a eu des blocages qui m'ont poussé à mieux structurer , à nourrir mes personnages et mes intrigues.
Alors que je séchais vraiment sur le scénario , je me suis souvenue avoir écrit et imaginé un dialogue entre moi et la personne que j'étais à l'âge de 15 ans, comme si l'ado que j'étais, était venue me rendre visite chez moi, en 2013 à l'improviste ... J'avais pris beaucoup de plaisir à écrire ces dialogues qui n'avaient pas vraiment de finalité, l'approche était drôle mais ça ne menait à rien d'un point de vue narratif.
J'ai tenté de greffer cette idée à l'histoire de Luisa et ça a débloqué pas mal de points au niveau du récit, ça a rendu la lecture plus immersive et l'écriture plus ludique de mon côté , je m'y suis projetée plus facilement.
 
 À la base, l'histoire était prévue pour paraître en deux tomes d'une centaine de pages chacun, d'ailleurs on devine qu'il y a deux parties assez distinctes au niveau du récit. Dans une première partie l'adulte a le dessus sur l'adolescente, elle a un rôle de grande sœur un peu protectrice qui guide la jeune fille et dans la deuxième partie, on a une inversion des rôles où l'adulte entre dans une phase de lâcher prise total, et c'est l'ado qui devient plus responsable. Le projet s'est retrouvé dans les mains d'un autre éditeur entre temps et on a préféré le faire en one-shot...Je n'ai pas voulu alléger le récit en supprimant certains passages, ça nous donne donc un livre assez épais.
 

Cet ouvrage est très intéressant car il aborde plusieurs thèmes. La rencontre entre la Luisa ado avec la Luisa adulte, l’homosexualité et aussi des petits flash-backs vintage. Personnellement, je pense que c’est une bonne chose car cela permet plusieurs niveaux de lecture mais c’est un pari risqué, est-ce que tu n’as pas peur que le lecteur se perde et finalement, ne pas faire passer le message que tu souhaitais ?
Je pense qu'au contraire l'approche fantastique qu'on a au premier degré de lecture me permet , non seulement de faire passer le message de manière plus efficace , mais aussi de le faire passer à un plus grand nombre, y compris de sensibiliser des gens qui ne se sentiraient pas concernés par les sujets de fonds abordés. L'avenir me dira si j'ai eu raison de procéder ainsi mais  je n'avais pas envie de restreindre mon lectorat et de prêcher pour ma paroisse . L'idée c'était d'aborder des thèmes qui me sont chers mais qui ne concernent pas forcément tout le monde via un angle plus universel. S'imaginer avoir une discussion avec l'adolescent qu'on a été ou la personne que l'on sera plus tard, c'est un fantasme qui appartient à tout le monde.
Le pari risqué pour moi c'était surtout de mettre en scène une confrontation concrète entre deux personnages qui auraient pu apparaître juste sous forme d'hallucination ou de fantôme , la difficulté au niveau de l'écriture a été de rendre une histoire impossible crédible ( la Luisa ado interagit avec les personnes qui peuplent le quotidien de l'adulte par exemple...) et ce, même si on a un deuxième niveau de lecture qui vient révéler l'aspect métaphorique du récit .
 
On peut faire passer des messages très forts via une approche plus légère qui tient plus du divertissement (en apparence).
 


Nous l’avons dit, Luisa ado se retrouve par un paradoxe temporel à rencontrer la Luisa adulte et donc à faire le bilan de sa vie. Qu’est-ce que dirait ou ressentirait la Carole ado  si elle venait frapper à ta porte aujourd’hui ?
L'adulte que je suis devenue est nettement moins obsédée par son passé que l'ado que j'étais pouvait l'être par son avenir...
Je crois qu' elle serait effrayée par mes cernes !
Plus sérieusement, après avoir pris soin de cacher la télécommande de la tv pour lui épargner les actualités, je pense qu'elle serait à la fois surprise et rassurée …
Rassurée de voir que je suis restée à peu pré fidèle à mes envies et objectifs , rassurée de voir qu'effectivement je suis parvenue à faire le métier que je visais déjà à l'époque mais surprise par certains aspects de celui-ci et les concessions que cela demande.  Je crois que j'en avais une vision très fantasmée, très romantique qui n'étais pas conforme à ce que devait être le métier de dessinateur à l'époque , et encore moins avec ce qu'il est devenu aujourd'hui, je ne m'imaginais pas passer 80% de mon temps à dessiner devant un écran d'ordinateur avec une tablette... L'ado aurait peut-être trouvé ça frustrant alors que moi, pas du tout...Grandir c'est savoir renoncer aussi à de vieux fantasmes qui ne nous correspondent plus , s'éloigner des choses qui avaient de l'importance à un moment de notre existence et qui ont perdu de leur superbe avec le temps. On ne renonce pas pour autant à nos vieux rêves, à ceux qui restent essentiels .


 
Tu abordes également le sujet de l’homosexualité et tu arrives à faire passer énormément de messages à travers Luisa (nous laissons le soin au lecteur de les découvrir). Penses-tu qu’il soit plus facile de parler d’homosexualité de nos jours que dans les années 90 ? Est-ce que tu penses que c’est un livre qui aurait pu voir le jour lorsque tu étais ado ?
L'homosexualité est un des sujets de fond de « Luisa ».. Le principal étant surtout l'acceptation de soi .
Je voulais faire un livre que j'aurai aimé lire lorsque j'avais 15 ans. L'adolescence c'est une période durant la quelle on fait connaissance avec une part de soi qui nous échappe , on se retrouve confronté à des vagues d'émotions, des sentiments sur lesquels on a du mal à poser des mots, on n'a pas le recul nécessaire. Et le fait d'avoir accès à des films, des livres, ou même des chansons qui mettent des mots simples sur des ressentis complexes que l'on n'arrivent pas à définir , ça peut aider et rassurer...
Je ne sais pas si c'est plus difficile pour les ado d'aujourd'hui de parler d'homosexualité que dans les années 90  ( je pense notamment à ceux qui auront eu la difficulté de le faire au moment des manifs pour tous, lorsque la parole homophobe s'est répandue dans les médias de manière décomplexée)... Ce qui est sûr, c'est qu'ils ont plus facilement accès à ces références que nous n'avions pas forcément à l'époque  et qu'il y en a plus aussi. . Je pense que Luisa aurait pu paraître il y a une vingtaine d'années , vu que le sujet de l'homosexualité reste quand même sous-jacent et traité de manière assez pudique, mais je peux me tromper...Remontons le temps, posons le livre sur le bureau d'un éditeur en 1995 et regardons sa réaction pour le savoir...
 
 


Maintenant, un peu d’humour, on retrouve avec plaisir et nostalgie plein de références à notre jeunesse : le walkman, les télécartes, les francs… mais aucun mot sur le Minitel. Pourquoi cette discrimination? ;)
Parce que  je ne m'en suis jamais servi , mis à part pour regarder les résultat du brevet des collèges ! Alors que le walkman , lui, il en a usé des piles !

 
Et au niveau projet, qu’est-ce que tu nous prépares ?
Début 2017, je vais encore vous faire voyager dans le temps, je travaille sur un roman graphique signé chez Delcourt, avec une scénariste qui m'a proposé un très beau projet. L'histoire se passe durant l'occupation, en 1943 à Paris , je termine le story-board !
 
Encore un grand merci à toi Carole pour le temps que tu nous as consacré et pour ce magnifique album!
 
Merci à vous !

 
 

Eric
Chroniqueur
La Bande Du 9


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