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La bande du 9 : La communaut du 9ème art

Bandeau de l'article L'héritage Wagner

L'héritage Wagner

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L’héritage Wagner
 
Scénario : Stephen Desberg
Dessin : Emilio Van Der Zuiden
Couleurs : Jack Manini
Éditions: Grand Angle
 
Pendant la guerre, la famille de l’illustre compositeur Richard Wagner entretenait des relations plus qu’amicales avec Hitler. Après-guerre, Wieland, le petit fils, souhaite se libérer du carcan nazi qui enferme l’œuvre du grand père. Pour cela, il aura besoin de l’aide d’une femme : Anja Silva.
Une œuvre audacieuse qui rappelle qu’il ne faut jamais mélanger l’œuvre, son créateur et son héritage.
 

Anja est chanteuse d'opéra dans une Allemagne déchirée et en pleine reconstruction. Elle dénote dans cet univers par son charme et sa volonté. Elle n'hésite jamais à s'approprier un rôle et en faire ce qu'elle en a envie. Et tant pis si cela ne plaît pas au metteur en scène, pourvu que cela plaise aux spectateurs. C'est ainsi que son interprétation de Salomé, dans l'opéra éponyme lui vaut d'être remarquée par Wieland Wagner, le petit-fils du musicien et compositeur germanique, adulé par Adolf Hitler. Lui-même, entouré de sa famille, était le protéger du Führer qui souhaitait lui confier les rênes du Bayreuth festival. Mais si les Alliés ont libéré l'Allemagne du joug nazi, les esprits sont encore profondément entachés par la propagande. Cette élite ultra-conservatrice conspue Wieland, Anja et la mise en scène minimaliste et loin des standards nostalgies du 3e Reich. Ils sont encore plus virulents devant la liaison tumultueuse qu'entretient la metteur en scène et sa muse. Seuls contre tous, ils vont pourtant redonner une vie et une âme à la musique de Wagner, une vie et une âme à Wieland qui va ainsi pouvoir solder tous les comptes liés à sa jeunesse.
 
Quand on évoque Richard Wagner, l'aigle du 3e Reich rode aussi inexorablement autour. Il faut dire que les relations qu’entretenait le Führer avec la famille du compositeur germanique sont notoirement connues et documentées et qu'elles ont valu à Winefred Wagner d'être condamnée comme activiste et d'être écarté de la direction du festival de Bayreuth. Même si le neveux de Wieland, Gottfried a beaucoup déballé dans une autobiographie qui porte le même titre, ce qu'il advient de l'œuvre après-guerre est beaucoup moins bien connu. Dans cette Allemagne coupée en deux où l'ennemi est devenu le rouge de l'Est, que va devenir le festival ? C'est cette histoire d'héritage, romancée, que se propose de nous raconter Stephen Desberg. Depuis Aimer pour deux, également mise en images par Emilio Van Der Zuiden, on sent l'attraction qu’éprouve le scénariste à la fois pour la seconde guerre mondiale et pour ses répercussions. Si le récit touche moins l'intimité du scénariste, il n'en reste pas moins très émouvant. C'est ainsi qu'on fait la rencontre de Anja Silva. Jeune femme née au début de la guerre, elle s'est promis de conquérir le monde à travers le regard des hommes. Enfant de la Libération, elle renverse toutes les contraintes et dans l'opéra, elle fait souffler un sacré vent de jeunesse. C'est tout le contraire de Wieland Wagner, et c'est d'ailleur ce qui va séduire ce dernier. Héritier de l'illustre compositeur, le jeune homme vit très mal son passé, trop proche d'Hitler. Pour oublier et s'émanciper, il souhaite dépoussiérer l'œuvre de son grand-père. Vu de notre côté du Rhin, cela semble simple mais en Allemagne, les débuts de la guerre froide et le choix des vainqueurs d'établir une responsabilité individuelle plutôt que collective font que de nombreux nazis actifs ont conservé des rôles primordiaux dans la RFA. Mais entre nos deux héros, l'amour sera plus fort, permettant à Wieland de se confronter à son passé et ouvrant une nouvelle période à la musique de son grand-père. Cette histoire d'amour matinée géopolitique des années 60 est mise en images par Emilio Van Der Zuiden. Une nouvelle fois, le dessinateur belge rend un vibrant hommage à la féminité et à l'amour. A travers sa mise en page, il oppose la liberté des amoureux à la rigidité germanique post-nazie. A travers les flashback dans des teintes plus lumineuses, il rejette tout manichéisme apportant de l'humanité à certains Wagner et du dégoût à d'autres mais toujours dans une volonté de véracité.
 
À travers cet album, Stephen Desberg et Emilio Van Der Zuiden rendent hommage à un homme qui, par amour et par honneur, a rendu sa place à la musique de son grand-père. Un ouvrage joliment illustré qui dissocie l'œuvre, l'auteur et l'utilisation de l'œuvre et cela mérite au moins plusieurs rappels !


Cédric
Chroniqueur
La Bande Du 9


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